Souvenir d'enfance avec mes grands parents paternels
J'allais vous raconter l'histoire de mes grands parents mais , je manque de bien trop d'éléments pour être fidèle , je vais donc m'en tenir à ce dont je voulais parler .
Mes grands parents paternels étaient agriculteurs , avaient six enfants et un ouvrier agricole à nourrir . Leur ferme de 10 hectares était considérée à l'époque comme une belle ferme et s'ils vivaient chichement , ils n'ont jamais , à ma connaissance, eu faim même pendant la guerre.
Mes grands parents avaient des vaches que les enfants trayaient avant d'aller à l'école , de la volaille , des lapins , des chevaux pour les travaux de la terre et un âne qui s'appelait invariablement "Janot" .
Des chèvres pour faire du fromage avec leur lait et des cochons .
Un grand jardin potager .
Dans mes souvenirs , mes grands parents vivaient déja seuls , mon père étant le dernier de la fratrie de six . Chacun de mes oncles et tantes avait suivi sa route mais nous nous retrouvions de temps à autre le dimanche avec quelques uns d'entre eux .
Mes grands parents avaient l'électricité mais pas l'eau courante( pas au début de mes souvenirs en tous cas, c'est arrivé plus tard ). Un puis attenant à la maison approvisionnait la famille en eau . Nous aimions bien aller chercher l'eau au puis mais c'était toujours sous surveillance parce que la porte était au niveau du sol et il aurait été facile d'y tomber . Il nous impressionnait beaucoup ce puis et nous aimions crier dedans pour recevoir l'écho.
Dans la cuisine , je me souviens bien , ma grand mère utilisait une bassine où il y avait un fond d'eau . Nous devions nous y laver les mains , souvent l'eau me paraissait plus sale que mes mains mais nous n'avions pas le droit de prendre de l'eau propre , l'eau ça ne se gaspille pas !
Ma grand mère cuisinait avec l' eau du puis qui n'était pas polluée . Remarque , le tas de fumier n'était pas bien loin du puis non plus ... ! Je ne sais pas si les analyses d'eau étaient pratiquées , toujours est -il que personne n'est jamais tombé malade à cause de cette eau .
Mon grand père faisait du cidre , souvent pour les vacances de la Toussaint nous allions ramasser les pommes .Après avoir bouilli ,il le mettait en bouteille souvent au moment des vacances de Noël. Je n'aimais pas trop ce cidre , âpre et amer à mon goût de petite fille . C'est également ce que buvait mes grands parents à table mais pas du cidre bouché , pas "du qui pique " mais du qui fait faire la grimace ,pas sucré , presque épais avec du dru au fond . Nous allions le tirer à la barrique dans une des granges .
Mon grand - père faisait du boudin aussi , du très bon boudin . Quand un habitant du village tuait le cochon , il allait chercher le sang ( en échange d'autre chose ) , c'était comme ça , le boudin de Dizien était connu et très apprécié et pas un cochon n'était tué sans qu'il n'aille chercher le sang .
Dans un des petits toits de la ferme il y avait une cheminée et un gros chaudron , mon grand père y faisait son boudin avec les oignons , le sang , la graisse , l'assaisonnement et il faisait cuire tout doucement , sans cesser de remuer pendant "neuf quart d'heure " avec une grande cuillère en bois.
Ma grand mère devait le mettre en conserve , je ne me souviens plus très bien mais une chose est sûre c'est qu'il n'était pas mis en boyaux .
Quand le dimanche nous y mangions en famille , si ce n'était pas du boudin , c'était du pot au feu ou de la poule au pot .C'était toujours du "port salut" comme fromage ,de la tarte aux pommes ou de la brioche que faisait ma grand mère avec de la confiture de framboise .
Une seule fois nous avons mangé un boudin qui ressemblait à celui de mon grand père , c'était un boucher d'un village voisin qui le cuisinait et le présentait dans un plat comme le faisait ma grand mère . C"était ma grand mère maternelle qui lui en avait acheté. Je ne mange quasiment jamais de boudin du commerce , d'abord pour moi , ce n'est pas du boudin .
Quand il tuait le lapin , mon grand père tendait la peau sur un "y" en bois , une fois sèches , les peaux étaient vendues à un marchand de peaux qui passait dans les fermes. Il achetait aussi des fourrures de taupes et de renards .
J'ai le souvenir aussi que mon grand père récupérait les vessies des porcs , je ne sais plus s'il les remplissait d'eau ou s'il les gonflait pour en faire une sorte de gourde . Elles pendaient avec les peaux au bord du toit à l'extérieur.
Mon grand père chassait au furet , il le gardait au clapier à côté des lapins mais nous avions interdiction de lui ouvrir , il se serait échappé mais surtout , mon frère s'en souvient encore , un furet ça mord ! des petits doigts glissés dans les grilles de la cage , c'est très appétissant !
L'hiver , la maison était chauffée avec la cuisinière à charbon , je ne sais pas pourquoi d'ailleurs , ils ne manquaient pas de bois mais j'ai toujours connu mes grands parents et mes oncles se chauffer au charbon . Il était stocké dans les caves .( le Pas de Calais et ses mines de charbon ne sont pas loin de la Somme )
Autant les chambres étaient froides , autant la cuisine ,était étouffante , intenable et pourtant, chez une de mes tantes ,ça n'empêchait pas le chien de dormir derrière la cuisinière que l'on ne pouvait pas toucher sous peine de se brûler!!
Quand nous passions quelques jours de vacances chez mes grands parents l'hiver , les lits étaient glacés , les draps humides et collants ! Ma grand mère y glissait une brique entourée de journal pour nous réchauffer mais nous trouvions bien difficilement le sommeil malgré la récitation de nos prières !
Les chambres n'étaient chauffées qu'avec un petit poêle qui adoucissait à peine l'atmosphère et nous avions intérêt à prévoir d'aller faire pipi avant le
coucher parce que même si nous disposions d'un pot de chambre , il
faisait si froid que ça nous coupait l'envie ! .
Le matin nous étions réveillés par les croucrous des tourterelles de mon grand père , il les apprivoisait et à son petit déjeuner constitué d'oeufs sur le plat , de pain ,de lard et d'un p'tit coup de gnôle à la fin pour faire glisser , sa tourterelle sur l'épaule attendait quelques miettes .
Dans la maison , il n'y avait pas de salle de bain ni de toilettes , nous nous lavions devant l'évier de la cuisine dans une bassine , les pieds sur du papier journal.
Le petit coin était dans une étable où mon grand père avait installé une planche percée et posée à bonne hauteur avec dessous un énorme pot de chambre , il était vidé régulièrement sur le tas de fumier . Une cloison séparait des regards indiscrets et nous avions des feuilles de magazine en guise de papier toilettes .
C'était toujours mieux que d'aller rejoindre les vaches à l'étable .
Quand je parle de faire ses besoins dans l'étable , je ne peux m'empêcher de penser à ce vieux monsieur qui disait :"maintenant ,vous les jeunes , vous mangez dehors et vous chiez dedans !!" Il n'avait pas tord , et de reconsidérer nos rejets serait une bien bonne chose pour économiser l'eau qui devient si rare .
Autre débat que j'aborderais bientôt ...
Mes grands parents gardaient TOUT , absolument tout : journaux , boites de conserves , ficelles, bouteilles en verre ou autre . Souvent ces récupérations permettaient aux objets d'avoir une seconde vie , pour stocker des fruits , des légumes , allumer le feu , ranger des boulons , des clous . Mes parents qui s'étaient chargés de déménager ma grand mère bien après le décès de mon grand père n'ont jamais autant brûlé de cageots, de journaux , jeté de boites de conserves ! ( à l'époque on ne connaissait pas le recyclage ) ..
Le jour de la fête patronale , nous nous retrouvions souvent entre cousins , cousines , oncles tantes . Notre grand père attelait son Janot et faisait faire des tours de charrette aux enfants . Il nous offrait très souvent du nougat et ne savait pas que les auto collants se collent tout seul . Il dormait dans la paille et ronflait très fort , nous l'aimions tant notre pépère Dizien .
Nos deux grands mères portaient le même prénom , nous disions donc "pépère et mémère Dizien "pour mes grands parents paternels et mes autres grands parents ," mémère Charlotte et pépère" tout simplement .
Je ne peux pas tout raconter mais c'est si bon de se remémorer ces bons moments , ils sont pour moi mes racines , les fondations de ma vie actuelle . C'est si important de savoir d'où on vient .
Mon grand père est mort d'un seul coup dans la cour de la ferme , il est tombé , il était mort non sans avoir tant pleuré la mort d'un de ses fils d'un accident de voiture peu de temps auparavant . Ma grand mère est morte longtemps après à l'âge de 98 ou 99 ans je ne sais plus , elle a tant travaillé avec ses six enfants et à la ferme aussi .
Commentaires sur Souvenir d'enfance avec mes grands parents paternels
Bonjour Christine
Tout ce que tu racontes me fait penser a ma jeunesse dans le Jura. Petite ferme, trois vaches des poules et des lapins.
On se lavait aussi dans une bassine....
Merci pour ton article, c'est bon de ne pas oublier.
Didier
C'est intéressant ce que tu racontes Mamienne. Cela rejoint beaucoup les souvenirs de ma belle-mère (88 ans) dont les parents avaient une grosse ferme dans l'Est de la France. Encore maintenant, elle se souvient de beaucoup de choses et serait heureuse si elle lisait ton billet.
Beau et émouvant recit Mamienne!
J'ai adoré.
Ils en avaient du boulot , nos ancêtres mais qu'est ce qu'ils étaient heureux! Ils se débrouillaient sans cesse pour améliorer leur quotidien: troc,jardin,élevage,recyclage, la plupart d'entre eux bricolaient les jouets,les autos, ils savaient pratiquement tout faire, ne vivaient de pas grand chose mais avaient toujours le sourire!
Belle leçon de vie pour les assistés qui se plaignent sans cesse...
Bises
Ca ressemble plus à la vie de mes arrières-grands-parents ... pourtant on doit être à peu près de la même génération mais mes grands-parents étaient venus à la ville donc .. rien à voir. BIZ. BKcine
c'est sympa ces souvenirs ! j'aime bien lire ces histoires de campagne
Cela ressemble à la vie de mes grands-parents paternels !
Mon grand-père possédait des vignes et faisait donc son vin. Ma grand-mère avait des chèvres et confectionnait du fromage.
Elle nous préparait une "beignette" sorte de crèpe épaisse faite avec les oeufs de ses poules, de la farine, du lait et du sucre.
Pour dormir l'hiver, nous mettions une pierre de rivière ronde qui sortait du poële, enveloppée dans un bas épais. Les lits avaient de gros édredons et pas de chauffage dans les chambres.
Moi, c'était ici dans le sud ardéchois !
Merci pour ce récit qui reflète si bien la vie d'autrefois !
En lisant ce récit, je retrouve presque tout ce que j'ai vécu dans mon enfance, entre 1936 et 45 !
Maison pas chauffée, pas d'eau courante ni d'électricité, etc. On se contentait de peu, on ne s'ennuyait pas, on n'était pas tenté car la vitrine du seul magasin était bien petite, et c'était la guerre.
C'est bien de mettre tout cela par écrit, un souvenir en amène un autre. Je vais essayer, pour moi-même.
Merci pour ce regard dans le rétroviseur.
Bonne fin de semaine.
Jean.
D'abord merci et félicitations pour tes talents d'écriture.
Ensuite, tout ce que tu décris je l'ai vécu pendant mes vacances en Morvan (dès l'âge de 3 ans et j'en ai 60) et dans une famille qui s'appelait et s'appelle toujours Dizien (nom de famille) ! cela m'a interpellé encore en plus.
J'ai commencé à écrire "mes mémoires" et il est prévu que je raconte aussi ces modes de vie d'il n'y a pas si longtemps, et de tous les progrès que nous avons vu arriver, et ils sont nombreux...
Belle et bonne journée.
OUhaa !
Tu devrais te lancer dans l'écriture je n'en ai pas perdu une miette ! BRAVO.
C'est vrai que des souvenirs me reviennent en te lisant.
Merci;
Merci à tous !!
la suite bientôt !!
Merci pour cette belle "histoire". C'est toujours aussi intéressant de passer chez toi (mais je me fais plus rare sur les blogs.)
en lisant tes souvenirs de mémére et pépére Dizien, que j'ai un petit peu connue, je repenses à notre enfance, et j'ai aussi des anecdotes sur mémére Charlotte et pépére lucien, j'allais à l'école maternelle et pépére était le garde champêtre, il apportait le courrier dans la classe le matin et quand je le voyais arriver avec sa casquette, sa veste, et sa bonne bouille, je n'avais qu'une envie, c'est qu'il m'emmène avec lui, il l'a fait une fois, il m'a emmené sur son vélo, et je me suis pris la cheville dans son rayon de roue, mémére lui a passer une brasse, non seulement pour m'avoir ramené avec lui mais aussi parce que j'avais le pied en sang dans ma chaussette. Mais quel bonheur, qu'il m'ait ramené. Dans la classe, il y avait le vieux poele à bois, les vieux bureaux, et l'encre.
Pépére faisait son jardin, très très bien tenu, avec des allées parfaites, des légumes et des fruits aux gouts merveilleux, nous ramassions les groseilles et les framboises, avec un petit fichu sur la tête pour ne pas prendre le soleil, et mémére faisait des confitures, l'odeur chaude qui parfumait la maison.
IL y avait les poules, les oies qui nous couraient après, les lapins où nous allions nous réfugier, dans les quatre petites cabanes, pour nous c'était des petites maison, on jouait des heures assis dans la paille avec les lapins.
Les tourterelles, les oiseaux, les chats,
l'odeur du pain grillé, le matin qui nous réveillait et nous mettait en appétit, et le poste de radio noir, posé sur la table de la cuisine, qui nous annoncait les nouvelles.
les quelques sorties en 4L blanche, où je n'ai jamais eu peur, malgré la qualité plus que moyenne de notre grand père, qui curieux de tout, regardait à droite et à gauche, le volant avec.
La messe le dimanche matin, ou nous avions notre petite pièce dans la main, pour la mettre dans le petit panier. L'attente longue de cette messe qui durait indéfiniment ou il fallait se lever, s'asseoir, se lever, s'asseoir, etc...
Comme tu le dis, ce sont nos racines, notre enfance, la vraie vie de nos aieuls, et quelle chance d'avoir partagé tous ces moments avec eux, mon enfance c'était tout ça.
Gros bisous ma zizine
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